« Le fond de l’air effraie ». C’est avec ce titre prémonitoire, tant le ciel semblait vouloir nous punir d’avoir profité la veille de quelques éclaircies, que Sophia Aram est revenue hier soir à Beausobre dans le cadre du festival Morges-sous-Rire pour présenter son dernier one-woman-show. Un spectacle éblouissant.

« Il pleut souvent comme ça chez vous? Chez nous jamais ». Autant à l’aise lorsqu’il s’agit de réciter une représentation parfaitement rodée ou improviser avec un public conquis dès la première vanne, Sophia Aram nous a offert hier soir un exceptionnel moment d’humour. Politique, religion, société… Aucun thème d’actualité n’est épargné par celle dont le vocabulaire n’a d’égal que la maitrise dont elle fait preuve lorsqu’il s’agit de tenir son audience du début à la fin d’un spectacle extrêmement abouti.

Car l’actualité, c’est son dada. En plus de son spectacle qu’elle joue depuis septembre à Paris et dans toute la France, Sophia Aram présente un billet d’humeur chaque lundi dans la matinale de France Inter. Billet dans lequel on retrouve ses principaux personnages comme Ludovine de la Malbaise (militante archi coincée de la manif’ pour tous) ou sa tante Lathifa (caractérisée par un accent marocain à couper au couteau), des personnages qui dressent un constat cinglant d’une actualité généralement brûlante. Dans son spectacle, de nombreux éléments plutôt récents occupent une forte place comme l’affaire impliquant le Cardinal Barbarin, assurant un perpétuel renouvellement de ses textes.

Le Billet de Sophia Aram sur la « Taxe tampon »

D’emblée, on ne peut qu’être frappé par son humour piquant et percutant. Chaque texte est vif. Chaque intonation est juste. Chaque expression faciale, chaque mimique habillent des répliques qui font mouche. Et ce qui est particulièrement efficace, c’est la finesse des vannes. À l’inverse de beaucoup trop d’humoristes qui profèrent injures en tout genre comme ils avalent leur salive souillée par tant de grossièretés, Sophia Aram place chaque mot dans la bonne case au bon moment. Et même lorsqu’elle se permet une sortie que d’aucuns qualifieraient d’extrêmement limite, et bien ça passe.

Car tout est dans l’attitude, et Sophia Aram l’a compris mieux que personne. La gestuelle est savamment maitrisée, annihilant tout sentiment de gêne avant même qu’il puisse se développer. La complicité et l’espièglerie de son regard amoindrissent immédiatement l’horreur qui vient d’être proférée. Le rythme choisi est extrêmement efficace, et on viendrait presque à ressortir du spectacle en se demandant si l’on a cligné des yeux, si l’on a respiré. Aucune perte de vitesse, aucun temps mort. Avec Sophia Aram, on court un marathon sans ressentir le moindre essoufflement. L’aberrante connexion qu’elle maintient avec son public ne souffre d’aucune crampe, malgré la cadence imposée à une salle qui en redemande dès la fin de la représentation.

Sophia Aram est une humoriste extrêmement complète. De son entrée à sa sortie de scène, elle fait preuve d’une stupéfiante assurance. Elle conte, elle raconte. Il suffit d’observer la salle qui, religieusement, laisse l’humoriste l’entrainer dans son monde l’espace d’1h20 pour comprendre que le contenu du spectacle n’est qu’une composante, une dimension parmi tant d’autres. Hier soir, ce n’est pas la pluie, mais un déluge de rire qui s’est abattu sur le Chapiteau du festival.

Guillaume Gétaz

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