Axelle Laffont présentait hier soir son spectacle « Hypersensible » dans le cadre de la 27ème édition du festival Morges-sous-Rire. Une prestation pleine d’énergie qui nous laisse tout de même un peu sur notre faim.

10 ans. C’est ce qu’il aura fallu à Axelle Laffont pour revenir seule sur scène, défendant un spectacle qu’elle a en partie écrit. 10 ans durant lesquels elle aura coécrit un film, été chroniqueuse dans le talk-show de France 2 On n’est pas couché, écrit une BD et sorti un album.

Celle qui avouait récemment avoir écrit sans savoir où elle allait, présente un spectacle qui aborde de nombreux thèmes qui lui tiennent à cœur. La vie de couple, les hommes, les soirées entre amis… Si l’on ressent très certainement le vécu dans bon nombre de tableaux qui se succèdent sans forcément révéler de manière évidente le lien qui les unit, on peine à être convaincu. Le spectacle bascule parfois même dans une sorte de psychothérapie où l’humoriste semble être la seule à réellement posséder les clés d’un univers dont elle n’est peut-être pas encore prête à nous ouvrir les portes.

Car l’un des plus grands paradoxes de la prestation d’Axelle Laffont est cette hypersensibilité autour de laquelle le spectacle doit tourner. Sa première démarche est d’une exemplaire finesse: là où l’hypersensibilité est généralement présentée comme un fardeau ou, au mieux, une tare qui annihile toute espérance d’épanouissement en communauté, Axelle Laffont présente ce trait de caractère comme un don. Elle en fait un super héros, « Hyper Sensible », démontrant que cette caractéristique peut rendre un individu beaucoup plus réceptif à son environnement et par la même occasion heureux.

Et pourtant, toute cette sensibilité que nous espérons voir sous son expression la plus pure finit par être écrasée par le trop-plein de démonstration physique dont l’humoriste fait preuve. À de nombreuses reprises, Axelle Laffont est sur le point de se dévoiler et de laisser place à une émotion qui ne demande qu’à nous entrainer dans une dimension beaucoup plus profonde et sincère. Mais à chaque fois, l’humoriste décide d’y couper court de manière abrupte en nous ramenant à une réalité bien trop souvent grossière.

Mais à certains moments, la comédienne nous laisse entrevoir ce qu’elle pourrait nous offrir de plus. Lors de la représentation d’hier soir, une panne micro est venue interrompre pendant quelques minutes le spectacle. Prise au dépourvu, Axelle Laffont a dû improviser et meubler l’instant nécessaire au technicien pour réanimer le matériel. À cet instant, l’humoriste a fait preuve d’une sincérité inégalée jusqu’alors et d’un humour extrêmement communicatif. Il était même possible de ressentir à cet instant un relâchement général du public, comme si ce dernier attendait un moment comme celui-ci pour évacuer une tension qui s’était créée depuis le début de la représentation. D’ailleurs, il faut souligner que les parties du spectacle durant lesquelles la comédienne interagissait avec ses spectateurs semblaient la rendre beaucoup plus à l’aise et authentique.

Si nous sommes frustrés de ne pas avoir pu obtenir d’Axelle Laffont tout ce qu’elle avait à donner, c’est parce qu’il semble exister chez elle une bouleversante fragilité qui n’est pas servie comme elle le devrait. Et le choix du hérisson, fragile être vivant réfugié sous une armure de pics qu’elle incarne l’espace d’un instant prend alors toute sa dimension.

Guillaume Gétaz

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