Au cœur du quartier universitaire de Neuchâtel, le bar « Au Galop » est un lieu de rencontre estudiantin singulier. Derrière le comptoir en bois massif, mais aussi souvent parmi les clients, Tamás, 25 ans, gère le bar. Portrait d’un jeune homme qui sous ses airs timides cache une forte personnalité.

On pourrait confondre Tamás Krisztian avec un étudiant. Baskets fluo, sweat à capuche, le jeune homme arbore un style décontracté qui colle bien avec son établissement « Au Galop ». Seul indice qui rend Tamás patron de bar: un petit plateau bleu foncé qu’il fait tournoyer dans les airs d’un doigté digne d’un roi de la bière. C’est d’ailleurs sur la terrasse de son café, autour d’une cervoise fraîche que nous le rencontrons, un après-midi ensoleillé. Il nous accorde quelques instants entrecoupés de « j’arrive tout de suite les filles… alors je te sers quoi Michel? ».

De l’uni au Galop

D’origine hongroise, Tamás arrive avec sa famille en Suisse à l’âge de 8 ans. Il suit les pas de sa mère médecin qui débute aux Hôpitaux Universitaires Genevois (HUG). Le chemin se poursuit à Neuchâtel, ville où il effectue son lycée et une première année de droit à l’université. Une seule année? Oui, car les études n’étaient pas faites pour lui. Le jeune homme l’avoue facilement. « Au final, je passais plus de temps ici que là », ajoute-t-il en désignant du doigt l’imposant bâtiment de la Faculté de droit, à deux pas de notre table, où les bières sont maintenant bien entamées.

De client habituel du petit lieu de rencontre estudiantin, Tamás passe au statut de gérant. Pendant six mois, il y fait ses preuves comme simple employé sous le regard sévère de Serge, ancien propriétaire, qui lui remet ensuite le précieux sésame. Et c’est ainsi qu’à 24 ans, le jeune homme se voit propulsé à la tête d’un café qui cache une longue histoire. Elle débute dans les années 1960 avec un joueur de waterpolo, l’italien Galoppini. Le fondateur donne son nom à l’établissement au cœur du quartier universitaire des Beaux-Arts. « Je n’ai pas changé le nom. C’est un peu comme un nom de famille, intouchable », avance celui qui se définit comme un conservateur.

Pour certaines personnes, le Galop fait partie de leur vie tout comme de la mienne. »

Le Galop, un nid à ragots?

Les mains se lèvent à la table voisine. Indice de la fin des cours. Début des verres qui s’entrechoquent sur fond de discussions. L’atmosphère est décontractée. Tamás se lève pour servir ceux qu’il appelle « ses copains ». « Pour certaines personnes, le Galop fait partie de leur vie tout comme de la mienne », lance-t-il. Le Galop, un nid à ragots? « C’est pas Top Model ici, les gens ont des vies simples. Donc je n’entends pas de gros scoops » nous souffle le gérant de bar. Il marque une pause. « Mais quand un étudiant va se faire mettre dehors, je le sais avant lui », lâche-t-il dans un éclat de rire. Il est comme ça Tamás; sous ses airs timides et son regard quelques fois fuyant, se cache une personnalité bien forgée. À découvrir au fil des visites.

Tamás autour d'un verre
Ses amis et clients le définissent comme le « roi de la bière », mais Tamás réserve cette boisson pour son temps libre.

Le matin, pas la peine de le chercher. Tamás n’est pas derrière l’imposant comptoir en bois foncé. Il dort encore. « Quand j’étais petit, je me suis promis que je n’allais jamais me lever le matin ». Sa promesse d’enfant, il la tient. Mais à côté, la soixantaine d’heures de travail hebdomadaire témoignent d’un jeune homme assidu à la tâche. Une tâche qu’il partage avec sa compagne Gabriella, et son père qui l’aide en cuisine. « Sans ma copine, ce ne serait pas possible » avoue-t-il d’un air sérieux. « Écris ça pour lui faire plaisir ». Son jeu habituel reprend. Chez Tamás, l’humour cache l’amour.

Je ne vois pas ça comme un travail. Je m’amuse quand je suis là. »

Avec l’été qui arrive, le Galop s’offre une nouvelle terrasse. Les heures de travail ont payé et Tamás a décidé d’investir dans un mobilier plus moderne: « Je ne roule pas sur l’or mais je m’en sors, ça me permet de vivre » confie le jeune patron qui voit toujours le verre à moitié plein. Positif, Tamás aime par-dessus tout son métier: « Je ne vois pas ça comme un travail. Je m’amuse quand je suis là. J’ai même appris à faire tournoyer ce plateau » lance-t-il en illustrant ses paroles d’un geste vif.

Marine Humbert et Juliane Roncoroni

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