Un bon sens de mauvais goût. Dans sa nouvelle bible du parti intitulée « La Voie du Bon Sens », l’UDC Vaud détaille sur une septantaine de pages ses convictions politiques afin de « dessiner une vision pour l’avenir ». Un dessein désolant teinté d’idées rétrogrades. Le chapitre consacré à la famille – aujourd’hui retiré du document – reste le plus édifiant. Le féminisme y est dépeint comme une « idéologie aux effets dévastateurs » qui pousse notamment les femmes à « s’épanouir de la même manière que les hommes: non pas en s’occupant des enfants, mais en déployant une activité hors du cadre familial ». Des conclusions tirées après 14 mois d’élaboration, mais souffrant d’une cinquantaine d’années de retard.

Des convictions proches du « Kinder, Küche, Kirche » qui ont naturellement suscité la controverse. Les deux uniques femmes (sur 26!) de la députation n’ont que très peu apprécié la vision de leurs pairs (pères?). En témoigne la réaction d’Alice Glauser (UDC/VD) dans les colonnes du 24 heures: « (…) je ne peux pas cautionner les propos concernant la place des femmes », déplore-t-elle. « C’est oublier tout le travail qu’elles ont fait. (…) Le féminisme a permis des avancées importantes. Ce texte porte un coup à notre place au sein du parti ». Un texte que, faut-il le rappeler, le président du parti, Jacques Nicolet, n’a pas daigné lire dans son intégralité avant publication. Une implication de l’homme fort de la section à l’image du document, affligeante.

Mea coupable

À l’heure actuelle, ce chapitre traitant de la famille fait l’objet d’une « mise à jour ». L’UDC Vaud n’assume-t-elle pas ses convictions? Peut-être. Toutefois, il faut saluer cette remise en question (si l’on accepte de la voir comme telle). Oui, une fois n’est pas coutume, l’UDC a presque admis ses torts. Kevin Grangier, secrétaire général de la formation vaudoise, reconnaît dans un article du 24 heures « un ton trop moralisant » et regrette « les propos qui ont pu blesser ». C’est un bon début. De courte durée. Kevin Grangier nuance très vite son mea culpa en précisant: « Nous allons reconsidérer notre propos non pas sur le fond, mais sur la forme ». Autrement dit, l’inégalité hommes-femmes n’est pas un problème en soi. Du moins, si elle est encouragée avec les mots justes.

Dimitri Mathey

Capture d'écran du chapitre sur le famille
Capture d’écran du chapitre sur la famille.

2 comments

    1. Ce que j’aime tant dans les étiquettes, c’est qu’elles permettent d’ouvrir le débat. En deux semaines d’existence, nous voilà déjà catégorisés comme média gauchiste. Et bon, je préfère toujours ça à fasciste. Mais ici, ce sont davantage les contradictions d’un parti cantonal qui sont critiquées plus qu’une certaine vision de la société. Quoi qu’il en soit, je vous remercie d’avoir lu cet article jusqu’au bout, j’en connais un qui n’aurait pas pris cette peine.

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