Pendant un mois, Valentin vous fera vivre l’Euro 2016 au rythme des débats qui l’animeront. Avec un même schéma pour vous permettre un décryptage clair des nombreuses discussions autour du monde du football: une présentation des faits en question, le débat qu’ils impliquent et une prise de position personnelle, mais réfléchie. Pour ce troisième volet, on s’interroge sur l’intérêt des matchs après que toutes les équipes ont joué un match.

Une journée d’Euro, ça passe finalement assez vite. Tout juste cinq jours qu’on s’est jeté dans la gueule du loup qu’on a déjà vu passer sous nos yeux douze matchs et vingt-quatre équipes. Avec des oppositions tendues et serrées, des buts qui tardent parfois à arriver et donc un spectacle semble-t-il moindre. Mais ça, c’est pour l’observateur qui se contente d’être un contemplateur. Des choses à retenir de cette première tournée, il y en a assurément.

Les faits

S’en tenir à des chiffres bruts et à des statistiques, c’est pouvoir se faire mal en football, tant ce sport ne peut s’y résumer. Mais c’est extrêmement pratique lorsqu’on veut faire passer son opinion pour une observation objective irréfutable. Voici donc ces données servies sur un plateau: 12 matchs, 22 buts. Tout juste 1,8 buts par matchs. Parmi ceux-ci, 6 seulement ont été inscrits en première mi-temps. Il ne sert donc à rien de s’emmerder pendant quarante-cinq minutes lorsqu’on sait que la décision sera faite ensuite.

Les occasions tendent aussi parfois à se faire rares. Ceci sans parler des longs dégagements qui finissent en touche. Il y a aussi ces passes à trois mètres qui prolongent leur lancée jusqu’aux pieds adverses. Et n’oublions pas ces dribbles chaloupés qui prennent à défaut leurs auteurs. Bref, des imprécisions, on en voit un certain nombre.

La question: On se fait pas un peu chier dans cet Euro?

Évidemment qu’on trépigne d’impatience. Assurément qu’on râle un peu quand on a passé à quarante-cinq minutes sans réelle occasion de but. Surtout lorsque c’est le tour d’équipes attendues. D’ailleurs, comme évoqué dans l’épisode I, la compétition élargie à vingt-quatre n’aide pas vraiment au spectacle. Les nations réputées moins fortes ne veulent pas s’abandonner d’entrée. Un match nul est déjà un grand pas vers la qualification. Ainsi, la République tchèque n’avait-elle aucun intérêt à s’inventer des élans offensifs pour surprendre l’Espagne. Pareil pour une Russie amoindrie face à une Angleterre virevoltante. Et on n’évoquera même pas l’Irlande du Nord qui a surtout voulu resserrer les rangs autour du Polonais Lewandowski avant de se faire prendre à défaut.

Il n’empêche, qu’on soit simple suiveur occasionnel ou assidu de football, ce genre de matchs au potentiel spectacle limité est aussi l’occasion de prêter un peu plus attention à autre chose. Ce peut être le travail défensif, l’organisation du jeu, voire l’importance d’un ou plusieurs joueurs dans une équipe. Une star ou non d’ailleurs. Ça le fait d’autant plus lorsque, au débriefing, on peut parler du jeu entre les lignes de Milik. Du petit lait.

Le dépassement de fonction

Ainsi, des motifs d’engouement, il en existe déjà après une journée. On citera forcément la leçon d’organisation tactique et défensive donnée par l’Italie d’Antonio Conte à la Belgique. Ce qui tranche avec un jeu collectif parfois bien moribond dans nombreuses autres sélections centrées sur des individualités.

Mais c’est surtout la prédominance des milieux de terrain qui est à extraire avant tout. Les équipes qui ont jusqu’ici réalisé les meilleures performances sont celles qui ont pu compter sur des joueurs de qualité à ce poste. Pas une surprise tant le plan de jeu d’une équipe dépend de tels joueurs. L’Allemagne a certes des failles défensives, mais le récital de Kroos et Khedira permet des garanties dans le développement de leur jeu. L’omniprésence d’Iniesta avec l’Espagne ne suggère même pas d’approfondissement. On citera évidemment aussi le duo Modric-Rakitic côté croate. Même la Suisse peut, avec Xhaka, avoir quelques certitudes qui peinent toutefois à faire oublier les errements devant et derrière. À l’inverse, la France se cherche encore (le trio Kanté-Matuidi-Pogba doit encore se trouver) et le Portugal a souvent manqué de présence dans l’axe du terrain. Si les résultats ne s’en sont pas toujours sentis, les garanties dans le jeu en ont pris un coup.

Et, croyez-y, meilleure est la forme des milieux de terrain en football, plus beaux sont les matchs.

Valentin Schnorhk

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