Pendant un mois, Valentin vous fera vivre l’Euro 2016 au rythme des débats qui l’animeront. Avec un même schéma pour vous permettre un décryptage clair des nombreuses discussions autour du monde du football : une présentation des faits en question, le débat qu’ils impliquent et une prise de position personnelle, mais réfléchie. Aujourd’hui, premier épisode, avec, pour thématique, l’Euro à 24 équipes.

Commençons ces chroniques par leur commencement. On y est. L’Euro 2016 se fait enfin voir. Ce sera ce soir, dès 21h, avec un France-Roumanie qui fait rêver surtout par la résonance du gong de début qui l’accompagne. Car laisser la lucidité nous monter à la tête pourrait être risqué. Et nous faire craindre une impatience dont on ne verrait l’issue qu’à la fin de la phase de groupes. La faute à une compétition élargie à des équipes qui ne feront rêver personne qui se revendique aimer le jeu.

Les faits

En 1960, pour la première édition, elles étaient quatre. En 1980, elles se sont réunies à huit. Avant d’en convier huit autres dès 1996. Finalement, vingt ans plus tard, ce sont vingt-quatre équipes qui ont fait leurs bagages pour passer leur début d’été en France. Une ouverture promue notamment par Michel Platini, lorsque celui-ci coulait encore de beaux jours à la tête de l’UEFA, la vue sur le Léman. Il n’était alors jamais déconnecté des intérêts électoralistes associés à de telles propositions. L’idée a fait son chemin, il a été réélu en 2011, puis 2015 à un trône qu’il ne sentait pas encore vaciller. Et c’est ainsi qu’une pléiade de petites nations s’apprêtent à découvrir l’Euro dès aujourd’hui.

Elles seront donc cinq à se dépuceler en France : l’Albanie, l’Islande, la Slovaquie, l’Irlande du Nord et le Pays de Galles. Avec des ambitions plus ou moins marquées, car il faut dire que la formule de la compétition les facilite. Des 24 équipes sur la ligne de départ, seize seront en huitièmes de finales. Autant dire qu’il sera plus ardu d’être éliminé d’entrée que de faire un pas en avant. Les deux premiers des six groupes seront donc qualifiés, ainsi que les quatre meilleurs troisièmes. Le ridicule atteindra les autres.

La question: Le niveau de jeu et de compétitivité va-t-il pâtir de cet élargissement à 24?

C’est une véritable interrogation. Deux tendances peuvent se dégager. Une première, qu’on se risquerait à qualifier d’élitiste. L’Euro était jusqu’ici réputé pour être la plus difficile des compétitions de football. Une homogénéité incomparable. Hors les trois ou quatre équipes dites surprises, le plateau a toujours été extrêmement relevé. Le groupe de la mort était une habitude. Du moins, le vrai, pas celui qui voit Suède et Irlande s’affronter (aux côtés de la Belgique et l’Italie pour ce qui est le désigné de cette édition 2016). Autant dire que le droit à l’erreur était restreint à ceux assurés de ne plus en faire ensuite.
L’entrée en compétition suggérait une pression insupportable. N’allons pas répandre l’idée que les participants de cette année n’en auront pas. Par contre, ils se verront quoi qu’il en soit allouer l’assurance que le coup restera rattrapable. Car peu d’équipes auront du répondant dans le jeu. En poules, les adversaires auront souvent l’air de sparring-partners. Pire encore, le risque est grand que les petites équipes ferment le jeu face à des mastodontes pas encore calibrés. Au point qu’on ne pourrait voir que l’ennui défilé sous nos yeux. Atroce.

Sauf qu’un Euro à 24, c’est l’occasion aussi de faire parler l’ouverture, si chère à Platini. Celle-là même qui ne paye pas de mine, vous offre de l’exotisme sur un plateau et une élection avec si vous êtes dans les bonnes sphères. Il en fut de même avec la Coupe du Monde lorsque celle-ci est passée à 32 équipes. Avant peut-être de monter à quarante si Gianni Infantino parvient à assouvir ses promesses de campagne à la FIFA avant qu’on ne lui montre la porte. Les compétitions estivales n’ont plus vocation à être privatisées par les grosses nations. Et le pyjama du gardien hongrois Gabor Kiraly a aussi droit à ses minutes en mondovision (l’une des plus belles raisons de regarder Autriche-Hongrie mardi).

Le dépassement de fonction

Oui, on risque de vivre une phase de poules interminable. Oui, on risque de voir jouer des équipes bien faibles. Oui, tout bon match avant les huitièmes de finale aura l’allure d’une agréable surprise. Mais vingt-quatre équipes, c’était là le seul moyen de voir Irlandais, Nord-Irlandais, Gallois et Anglais franchir ensemble la Manche pour un gros tournoi. Et tant pis (ou tant mieux) si la fête sera plus en terrasse que sur le terrain.

Valentin Schnorhk

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