Journaliste people, catholique convaincu, fraichement divorcé et aujourd’hui en couple avec une jeune politicienne de 21 ans sa cadette. Werner De Schepper n’est décidément pas un homme facile à catégoriser. Portrait.

Quand on lui demande pour quelles raisons il a été viré du journal Blick, Werner De Schepper répond du tac au tac: « J’ai énervé trop de banquiers, parce que je ne suis pas neutre. Et j’ai peut-être trop de caractère. » Un tempérament piquant que les étudiants en journalisme de Neuchâtel ont pu mesurer lors d’un atelier sur la politique suisse. « J’ai corrigé ce que vous avez essayé de faire sur les parlementaires. Bon franchement, je dois vous dire que c’est raté. » Peu de tact, mais le plaisir non-dissimulé de transmettre à la relève les clés du journalisme.

« J’aimais trop les femmes pour devenir prêtre »

Car à 50 ans, Werner De Schepper peut se vanter d’avoir de la bouteille, comme on dit dans le milieu. Il commence à travailler en tant que journaliste pour Ringier en 1993. En dix ans, il gravit les échelons jusqu’à devenir rédacteur en chef du Blick. Il intègre ensuite le groupe AZ Medien où il oeuvre pendant sept ans pour l’Aargauer Zeitung, puis pour la TeleBärn. Depuis le 1er mars 2015, il est le nouveau rédacteur en chef adjoint de la Schweizer Illustrierte, pendant alémanique de L’Illustré. Pourtant, enfant, rien ne le prédestinait à faire du journalisme, encore moins du people. Élevé à Olten dans une famille catholique pratiquante, il fréquente l’église « depuis qu’il sait marcher. » Et pour cause, à 18 ans il intègre un couvent pendant 6 semaines dans le but de devenir capucin. « Mais j’aimais trop les femmes pour devenir prêtre », rigole le journaliste.

Un théologien à la tête du Blick
Si en 1990 son mariage lui a fermé les portes de l’ordination, il n’a pas pour autant tari sa foi religieuse. Pendant sept ans, il poursuit des études de théologie à Fribourg et devient probablement le premier homme à porter la double casquette de rédacteur en chef du Blick et de théologien. Une union pour le moins controversée. Il raconte qu’à l’université déjà, le groupe d’étudiants gauchistes auquel il appartenait, le pointait du doigt quand il se promenait avec une édition du Blick sous le bras. Et plus tard, de gagner auprès de ses collègues journalistes le titre de « fröhlicher katolischer Sünder » {joyeux pêcheur catholique}, une dénomination qui lui plait!
À la tête du Blick, il s’est rapidement appliqué à redessiner le visage du journal, alors mis-à-mal par l’affaire Borer. Résultat: à la porte la « Seite-3 girl », célèbre femme nue de la page 3. Werner De Schepper adoucit la ligne du journal, la rend moins macho dans le ton et dans la forme. Il ajoute aussi sa touche personnelle, l’analyse quotidienne d’une citation de la bible. Religion et journalisme, pas incompatibles? « J’aimerais pouvoir transmettre les valeurs de l’humanité. Par exemple, en regard à la crise des migrants. On ne devrait pas fermer les frontières. »

« Il faut pouvoir donner un visage aux victimes. »

De par son éducation familiale et religieuse, il développe un amour pour le partage et le social. Mais cette passion pour les gens et leur histoire lui a aussi joué des tours. Après le drame de Sierre, l’Aargauer Zeitung publie les photos de certains enfants tués lors de l’accident de car. « J’ai fait des erreurs dans ma carrière. Publier ces photos en était peut-être une. Mais je ne trouve pas juste de devoir traiter les victimes comme des criminels en masquant leur identité. Il faut pouvoir les faire parler, leur donner un visage. »

Werner de Schepper, Editorial Portrait, Chefredaktion, Schweizer Illustrierte, 2015, Foto: Geri Born
Werner de Schepper, Editorial Portrait, Chefredaktion, Schweizer Illustrierte, 2015, Foto: Geri Born

Homme d’alliances et de pouvoir
Ses valeurs sociales lui ont permis de forger des alliances naturelles avec la gauche. Dans les coulisses du Parlement, comme dans les rédactions romandes et alémaniques, le journaliste semble connaître tout le monde. Il tutoie Géraldine Savary (PS/VD) et entame de grandes discussions avec son ami de longue date, l’influent parlementaire Jean-François Steiert (PS/FR). Même manège à l’Aargauer Zeitung, où il vanne allègrement ses confrères journalistes. « Regardez, lui c’est un homme très important. Personne ne comprend ce qu’il fait, mais son rôle est essentiel pour le journal. » Plus loin, le chef de la rubrique économique du journal, Andreas Schaffner le décrit comme une force de la nature: « Werner De Schepper est un homme de pouvoir, qui fait tout pour créer un bon journal. C’est important. Cela vaut mieux qu’un chef qui dort. » Et quand on aborde les relations publiques, le journaliste est clair: « Je suis chef pour pouvoir dire ce que je veux, pas ce qu’une autre personne me demande de dire. »

« Werner De Schepper est un homme de pouvoir, qui fait tout pour créer un bon journal. »

En 2005, Werner De Schepper participe au rachat d’un immeuble à Olten. L’objectif? Court-circuiter les spéculateurs immobilier et préserver un quartier populaire. Dans le même esprit, il est depuis cinq ans co-propriétaire du Flügelrad, un restaurant familial situé à 100m de ce même immeuble. Le mot d’ordre: comme à la maison. « Après avoir sauvé ce quartier, l’idée était de le faire vivre. Dans notre restaurant, chacun est le bienvenu. À droite comme à gauche. »

 

Laisser un commentaire