20h20, le grand auditorium Stravinsky est plein à craquer. Le public crie, le garçon de bois se fait désirer. A l’occasion des 50 ans du Montreux Jazz Festival, Woodkid & Friends présentent une création spéciale ce soir. Une prestation attendue avec impatience et pour cause: ces derniers temps, Yoann Lemoine (chanteur de Woodkid; ndlr) a préféré les coulisses au-devant de la scène. Il s’est adonné à ses autres passions: la composition et la réalisation.

La salle s’assombrit. Nous y sommes. « Hello from the children of planet Earth » dit une voix d’enfant dans les haut-parleurs.

Le rideau s’ouvre sur un véritable orchestre: la Sinfonietta de Lausanne accompagne ce soir Woodkid. Le public tique: Yoann Lemoine avait souvent l’habitude de faire ses décors et apparitions en noir complet, le voilà vêtu de blanc de la tête aux pieds. Les jeunes choristes, les musiciens et le chef d’orchestre sont logés à la même enseigne, engoncés dans des combinaisons intégrales blanches avec sur-chaussures assorties.

Sous son chapeau blanc aux larges rebords, Yoann Lemoine sourit.

Woodkid et la Sinfonietta de Lausanne. (c) Instagram/woodkidmusic
                     Woodkid et la Sinfonietta de Lausanne.                                                (c) Instagram/woodkidmusic

 

Iron ouvre le show. Effet mouche. L’émotion marque les traits du chanteur, cette expression ne quittera que rarement son visage lors du concert. Ghost Lights est ensuite revisitée dans des tons plus aigus, parfois surprenants; c’est une première nous dit-on.

Puis comme promis, vient le temps des invités.

Le temps de quelques chansons, le guitariste Rafiq Bhatia vient s’ajouter à la formation. Derrière le piano, Ryan Lott (Son Lux) entame un magnifique duo avec Yoann Lemoine, sur You Don’t Know Me, puis ils entonnent ensemble Central Park, dont les paroles – « Love’s on top f*cking pain » – servent d’hommage pour les événements de Nice. La voix du pianiste est claire et d’une justesse inouïe. À l’issue du morceau, Yoann Lemoine a les yeux humides.

Invité suivant: Ed Droste, de Grizzly Bear. Il a joué le jeu de la combinaison intégrale lui aussi. Ensemble, ils chantent Go, superbe mélodie de Woodkid. Une chanson méconnue puisqu’elle n’a jamais été mise sur disque et n’apparaît sur aucun album.

Autre guest de la soirée, Guillaume Brière, du duo de rock électro français The Shoes.

L’invité surprise

Puis le moment phare, celui d’accueillir un invité spécial. «UNE autre invité… Elle est belle… elle vient d’Amérique…Non, ce n’est pas Lana Del Rey», ajoute l’artiste en réponse à un cri dans la foule. Et pour preuve: «C’est sa toute première fois sur scène».

Elle Fanning apparaît alors dans une robe blanche, pure et simple, à l’image du show tout entier. Vous ne saviez pas qu’elle chantait? Moi non plus! Et sans laisser le temps au public de se remettre de la surprise, ils se lancent tous les deux dans Never Let You Down, originalement interprétée en duo avec la chanteuse suédoise Lykke Li. Un moment doux, une parenthèse, vite secoués par Conquest of Spaces mixé de Volcano (oui, ça fait beaucoup, mais c’est chouette vraiment). «Allez, sautez!» encourage le chanteur. Il n’en fallait pas plus pour déchaîner l’auditorium. Sur scène, le chanteur s’amuse, déambule, danse devant ses petits choristes.

Pic de folie dans le public lorsque retentissent les premières notes de Run Boy Run, la foule chante encore à la fin du morceau et Yoann Lemoine s’improvise notre chef d’orchestre. Il est touché et ne le cache pas, c’est là la particularité du petit garçon de bois.

Puis comme s’il s’agissait d’un tête-à-tête, il confie à ces centaines de personnes étalées devant lui: «Je vis tous les jours dans la peur d’être oublié… Merci!»

Reviennent sur scène Ed Droste puis Ryan Lott et Elle Fanning pour un Brooklyn revisité. La chanson clôt le show en un chuchotement: « My heart belongs to Montreux ».

S’il est un mot qui s’impose à l’issue de cette performance, c’est la pureté. Du choix des couleurs, du son des cordes frottées, de la voix de Yoann Lemoine et de celles de tous ses Guests. Le choix des invités aura en tout cas étonné, agréablement surpris à vrai dire. Tout comme la sincérité et la générosité dont a fait preuve le chanteur durant tout son spectacle.

«Franchement, cet homme est un véritable artiste», conclut une voix derrière moi à la sortie de l’auditorium. Je n’aurais pas mieux dit.

Julie Zaugg

Image de couverture: Affiche 2016 du concert au MJF / instagram/woodkidmusic

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