Le canton de Genève connaît depuis quelques années une crise du logement, qui touche aussi les étudiants. Une idée venue d’Allemagne pourrait bien changer la situation. L’université de Genève (UNIGE) propose ce nouveau projet, sous le nom de « 1h par mètre carré ».

Imaginez le scénario: vous arrivez à Genève, ville internationale et cosmopolite pour vos études à l’université. Le lac, les montagnes, le jet d’eau, tout est parfait. Ou presque. Il vous manque un logement. Plus de places en résidence ou loyer trop élevé, en septembre 2015, 600 étudiants n’avaient pas trouvé de chambre.

Lorsque l’on sait que plus de 13’000 personnes vivent seules dans de grands logements, de cinq pièces ou plus, la situation ne semble pas idéale. Une proposition originale a alors vu le jour. Elle a pour objectif de créer du lien social entre ces deux catégories de personnes, à savoir les personnes seules, souvent des seniors, et les étudiants.

La convivialité en échange d’un hébergement

Déjà en vigueur en Allemagne dans 32 villes universitaires sous le nom de « Wohnen für Hilfe », le projet est simple. L’idée propose à des personnes âgées seules d’accueillir des étudiants. Initié par Sabine Estier, maintenant en charge de sa mise en œuvre sur le canton, le projet veut solidariser les liens entre générations. En voulant faire cohabiter ces personnes, le projet poursuit donc un objectif double.

L’isolement des personnes âgées est un des nouveaux enjeux liés au vieillissement de la population. Il a été constaté que de vivre isolé et sans interactions sociales diminue les capacités cognitives et peut même augmenter les problèmes de santé. La qualité de vie s’en ressent donc et les possibilités de rester indépendant dans son propre domicile faiblissent. Cela pourrait augmenter le nombre de personnes à devoir placer dans des institutions déjà saturées.

Le potentiel est réel. Sabine Estier explique que si un pour cent des habitants vivants seuls acceptaient d’héberger un étudiant, ce serait l’équivalent de 130 lits qui seraient ainsi mis à disposition.

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© Jacques Erard

Le concept? Il s’agit d’une sorte de troc. On offre de l’espace pour loger un jeune et en retour, celui-ci donne quelques heures de son temps à son logeur. Un petit calcul est nécessaire pour comprendre l’équation: par exemple, pour un espace de 12m2, l’étudiant devra consacrer 12 heures d’aide par mois, soit 3 heures par semaine.

Toute aide à la vie quotidienne peut être envisagée. Il peut s’agir de participer aux tâches ménagères, d’accompagnements pour des rendez-vous médicaux, de s’occuper des plantes ou des animaux, bricolage, passer la tondeuse et même de donner des leçons d’informatique ou de langues étrangères. Seules les soins à la personne sont exclus.

Et le loyer? La chambre est mise à disposition gratuitement. La seule participation financière demandée équivaux aux charges (eau, électricité, chauffage). Les dédommagements sont de CHF 5.- par m2. Le but est d’éviter que le logeur ne dépense plus que s’il vivait seul. Pour une chambre de 12m2, sans salle de bain et sans wifi, cela équivaut à CHF 60.-!

Ce concept simple qui fonctionne bien en Allemagne m’a séduite: il fallait l’importer à Genève! », s’exclame Sabine Estier.

Lancez-vous!

Si l’idée vous séduit, le projet de logement intergénérationnel de l’UNIGE a tout prévu. « 1h par m2 – un étudiant sous mon toit » a mis en place une procédure rassurante pour tous: un questionnaire à remplir et un entretien approfondi avec les hôtes et les étudiants. Après cela, un ou deux étudiants susceptibles de convenir à l’offre du logement sont sélectionnés. Dès que le choix est adopté, une convention d’hébergement est signée (conditions, espaces partagés).

A ce jour, déjà trois tandems ont commencé à cohabiter. Certains hôtes ne voulaient pas attendre la rentrée de septembre pour accueillir un étudiant. Et puisque la situation est toujours difficile pour se loger, n’hésitez plus.

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© Jacques Erard

Lauren Hostettler

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