Avec un succès grandissant, Théo Schmitt, 24 ans, conquiert la scène musicale romande avec ses compositions et en tant que chef d’orchestre. Portrait d’un jeune musicien qui se raconte comme il vit: avec générosité, dynamisme et passion.

« Quand je vois le film et que j’entends la musique, je me dis: c’est moi qui ai fait ça?! », rit Théo Schmitt à propos de son ciné-concert Le Trésor du Léman. Le jeune musicien vaudois d’origine fribourgeoise a composé la musique et réalisé le film qui l’accompagne. Il y tient le rôle principal, celui d’un détective à la recherche d’un trésor caché après un mystérieux meurtre.

Du travail et un peu de folie

Café Mozart, Conservatoire de Lausanne. L’endroit semble approprié pour rencontrer celui qui, à 24 ans, a déjà plusieurs compositions majeures à son actif sans n’avoir jamais suivi de formation en la matière.  D’autant plus que ses premières créations musicales datent de ses 10 ans.

Le regard franc et pétillant, Théo Schmitt dément pourtant. « Je ne suis pas de ces petits génies qui composent à toute vitesse. La composition, c’est un processus long. Parfois, je n’ai pas d’inspiration pendant un mois entier. »

Dans la tête du jeune homme, des ambiances et des histoires attendent d’être converties en musique. « On fait tout un cheminement pour retranscrire ce que l’on a en tête. Parfois, je rentre en demi-transe. Les gens vont me prendre pour un fou, mais souvent, je compose en chantant et en dansant dans ma chambre! »

Des mélodies, des rythmes, des sons d’instruments, tout se bouscule. « Parfois, il faut que ça sorte, c’est tout », dit Théo Schmitt dans un sourire d’évidence, en haussant les épaules. Et de continuer en riant: « Un jour, un de mes amis m’a dit: toi, tu n’es jamais seul dans ta tête! »

La musique, un personnage à part entière

C’est dans une relation entre les mélodies et le jeune compositeur que se créent ses œuvres musicales. « Je donne une impulsion, une idée, mais ce qui en sort finalement n’est jamais ce que j’avais en tête au début. La musique se fait elle-même », explique le musicien.

Émerveillé par la bande-son du Seigneur des Anneaux depuis l’enfance, le jeune homme rêve d’écrire des musiques de film. « J’étais fasciné par ce monde, qui correspondait exactement à mon imaginaire. Et la musique m’avait vraiment fait vibrer. C’est ce qui m’a donné l’envie de composer. » Par touches, il dissémine dans ses œuvres des rappels de ces thèmes qui continuent de l’inspirer.

Dans Le Trésor du Léman, Théo Schmitt conçoit la musique comme un personnage à part entière, qui souligne une ironie ou la personnalité d’un acteur du film. « Ma musique, c’est le narrateur. Elle vient nous dire « eh! », c’est ici qu’il faut regarder. »

Penser pour les orchestres

Théo Schmitt crée pour les orchestres depuis ses toutes premières compositions. « Ce n’est jamais un instrument seul, mais tout un ensemble que j’entends dans ma tête. Même quand je suis à mon piano, il sonne pour moi comme un mini-orchestre. »

C’est au saxophone, à l’École de musique de l’Harmonie d’Oron, que le compositeur apprend la musique. Mais se cantonner à un seul instrument, très peu pour lui. Dès l’adolescence, il se met à jouer de la guitare électrique dans un groupe de rock. « En tant que chef d’orchestre et compositeur, je me dois de comprendre tous les instruments », affirme-t-il.

Dans Le Trésor du Léman, Théo Schmitt a endossé le rôle du détective Achille Navet.
Dans Le Trésor du Léman, Théo Schmitt a endossé le rôle du détective Achille Navet.

Touche-à-tout, Théo Schmitt est plutôt autodidacte. « J’ai pris une année de cours de percussions, mais j’ai appris seul la guitare et l’alto cuivre. J’ai aussi un trombone en plastique », plaisante-t-il.

Faire vivre la musique

Homme-orchestre, c’est tout naturellement qu’il se tourne vers la direction d’ensembles. Après avoir passé un diplôme non professionnel de direction au Conservatoire de Lausanne et y avoir achevé un Bachelor de musique à l’école d’Oron, le jeune homme est maintenant en première année de Master de direction.

Il n’y a pas de doute: diriger, tout comme composer, c’est son truc. Pour lui, la musique est un art vivant. « Une version d’une œuvre n’est jamais parfaite, c’est en ça que la musique est sublime », dit-il, le regard brillant. « Lorsqu’on arrête de la jouer, elle meurt et on a alors qu’une envie, c’est de la recréer! »

Une vie de passion et de sacrifices

Directeur, compositeur et instrumentiste, Théo Schmitt est tout cela à la fois. Pas d’instrument préféré, et pas de rôle préféré non plus. « Je suis un musicien au sens large », affirme-t-il.

Jouer en solo ne l’a jamais intéressé. « Ça ne me briserait pas le cœur si un jour je devais monter mon saxophone au galetas », avoue-t-il, sourire en coin. Il vit sa musique « à travers le contact avec les gens ».

Théo Schmitt
Théo Schmitt en concert avec la Jeune Garde de la Landwehr de Fribourg. © Laurette Heim

L’enthousiasme du jeune musicien saute aux yeux lorsqu’il parle de ses activités musicales. Directeur de deux orchestres à vents, enseignant de musique un jour par semaine à l’école d’Oron et compositeur lorsqu’il lui reste quelques heures, l’étudiant en Master court pourtant après le temps. « C’est vrai que cela peut compliquer ma vie amoureuse et que je vois moins mes amis », reconnait-il. « Mais j’ai une équipe de potes super, qui jouent tous avec moi à L’Harmonie d’Oron, je les vois régulièrement. » Et surtout, il insiste: la musique, c’est sa passion.

L’héritage des fanfares

Entre l’Harmonie d’Oron, la direction de la Fanfare L’Avenir d’Aclens et celle de la Jeune Garde de la Landwehr de Fribourg, les orchestres à vents n’ont pas de secrets pour Théo Schmitt. Mais son Master de direction est un « véritable défi ».  BeethovenMozart et des grands orchestres symphoniques de la culture classique prévalent dans cette voie d’étude. « J’ai été catapulté dans ce monde, et je dois combler mes lacunes », reconnaît-il.

Aucun regret pourtant. Le monde des fanfares lui a appris l’essentiel: ne composer que pour le plaisir de ses musiciens. « J’ai un immense respect pour les musiciens amateurs. Ils font des journées entières de travail et enchaînent avec une répétition le soir, et cela parce qu’ils en ont envie », relève le jeune homme.

Bâtir des ponts

Son combat de musicien sera d’abattre les clivages et de bâtir des ponts. « La musique d’aujourd’hui est soit trop intellectuelle, soit désespérément simple. J’aimerais trouver une nouvelle musique intéressante et qui plaise à tous », ambitionne Théo Schmitt.

Contre toute attente, c’est le monde des fanfares qui est, selon lui, le plus ouvert au renouveau: « On y joue aussi bien du classique que des morceaux rock». Des clivages persistent pourtant. « Les divisions entre harmonies et brass band m’insupportent [orchestres à vents et orchestres composés uniquement de cuivres]. Mais qu’un agriculteur fasse de la musique à côté d’un banquier, je trouve ça magnifique. »

Laura Lose

1 comment

  1. très beau portrait de Théo Schmitt! Quel personnage attachant… Je me réjouis de lire vos prochains articles!

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