2137 heures. C’est le temps que j’ai passé au McDonald’s depuis un peu plus de trois ans (et oui j’ai perdu presque une heure de plus à compter). Maintenant, je sais ce que c’est « travailler ». Enfin, c’est ce que m’a fait comprendre une partie de ma famille. Bon j’avoue, je ne les ai jamais compris. Pour leur défense, ils n’ont pas beaucoup usé leurs jeans sur les bancs d’école. Mais qu’est-ce que j’ai vraiment appris depuis que le grand M jaune m’a accueilli dans son équipe?
J’ai appris à cuisiner. C’est vrai, je sais faire des cheeses comme personne. Et je suis le champion de la cuisson des frites. Enfin, j’ai surtout développé mon alter ego robotique. Pour les mêmes gestes mécaniques, cent, mille fois, même les lendemains de cuite, je suis devenu vraiment très bon.
J’ai appris à servir. Je suis de très bon conseil pour accompagner vos plats désormais. « Potatoes et coca zéro » ou « un café ou un dessert » et toujours avec le sourire! Grâce à Ronald, je sais reconnaître un friand de nuggets avant même qu’il soit au comptoir. J’ai amélioré ma fibre sociale, clairement.

Ah oui, ce n’est qu’une expérience personnelle. Mais je ne suis de loin pas le seul à travailler dans un domaine qui est voué à la robotisation. Personne n’a pu manquer le nombre croissant de bornes qui poussent dans la plupart des grandes enseignes. Et pourtant, ce n’est pas encore la « robolution », les avancées en matière d’intelligence artificielle ne sont encore qu’à leur début.
Alors non, je ne peux pas défendre une telle vision du travail. Mais, après tout, pendant ces 2137 heures j’aurais fait quoi? Maté la télé en mangeant une pizza, le tout dans un vieux marcel sale? Non, je ne crois pas.
Je crois que j’aurais passé plus de temps avec mes amis. Plus de temps à bosser mes cours. Plus de temps aux côtés de ma copine (enfin, mon ex). J’aurais peut-être même songé à faire du bénévolat ou pourquoi pas m’investir dans un projet personnel. Mais non tout ce temps, je l’ai passé dans un uniforme parfumé par un très prisé Brise de friture.
C’est vrai, j’aurais aussi pu demander une bourse d’études. Ah, mais: « Payez vos taxes, votre abonnement et dans quelques mois, nous vous transmettrons notre décision ». Et puis le refus. Parce que j’ai trop gagné en vendant des Happy Meals.

Alors oui, je ferai partie des « utopistes » qui voteront oui au revenu de base inconditionnel. Oui, parce que travailler c’est essentiel, nécessaire au bon fonctionnement de l’économie. Mais le temps ne s’achète pas, alors pourquoi ne pas être, pour une fois, en avance sur notre temps. Pourquoi ne pas continuer à défendre une Suisse innovante. Innovante techniquement, mais aussi et par-dessus tout socialement.

Bayron Schwyn

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