Pendant un mois, Valentin vous fera vivre l’Euro 2016 au rythme des débats qui l’animeront. Avec un même schéma pour vous permettre un décryptage clair des nombreuses discussions autour du monde du football: une présentation des faits en question, le débat qu’ils impliquent et une prise de position personnelle, mais réfléchie. Quatrième épisode aujourd’hui, avec, forcément, un retour sur les premiers matchs de l’équipe de Suisse.

L’équipe de Suisse a atteint son objectif requis : une qualification pour les huitièmes de finale de l’Euro. Voilà qui est fait après un 0-0 concédé face à la France hier. Au point de dissiper toutes les craintes qui lui étaient attribuées et d’envisager la suite avec optimisme ?

Les faits

Trois matchs, cinq points. Le total n’est pas famélique. En championnat, on parlerait d’un début de saison moyen. En tournoi majeur, le compte prend une toute autre dimension. Peu importe les points, tout est dans le calcul. Avec un match nul hier soir face à la France, la Nati savait qu’elle serait qualifiée pour la suite de l’Euro, avec une deuxième place reflétant bien les forces en présence dans ce groupe.

La France, elle aussi, avait résolu l’équation assez vite. Match nul=1ère place assurée. Et donc mission accomplie. Forcément, la fin de partie hier soir avait pris les airs d’un arrangement tacite qui convenait à tout le monde. On ne se livre pas trop et on consolide ce 0-0 qui nous facilite la vie. Logique.

Il n’empêche que la Suisse aura fait bien plus que résister hier soir. Et, au vu de sa prestation, tout le monde s’accordera à voir cette qualification comme méritée. Avec une impression générale de satisfaction qu’on n’aurait jamais imaginée avant même le début de la compétition.

La question : La Suisse a-t-elle réussi son 1er tour d’Euro?

Fidèle à elle-même, l’équipe de Suisse a répondu aux attentes. On lui avait enjoint de se qualifier, avec une deuxième place au moins, elle l’a fait. Et, comme d’habitude, elle n’a rien fait de plus. C’est un peu l’histoire de cette sélection nationale. Elle ne se risque jamais à surprendre son public. Comme si elle voyait en lui un suisse-allemand rigide chez qui le sursaut émotionnel ne saurait être toléré.

Mais cette Nati, emmenée par un Petkovic habile, est maline. Elle a en fait trouvé la parade pour nous délivrer son lot de surprises. Judicieusement, elle a plutôt opté pour le terrain pour nous prendre à revers. Et de la plus belle des manières : elle joue au football! Avec une dynamique de progrès qui nous dépasse presque. Vingt-minutes contre l’Albanie, trois ou quatre fois plus longtemps face au bloc roumain et quasi l’entier du match contre la France hier. Deux ans après son arrivée, au meilleur moment possible, une patte Petkovic est enfin visible.

Aidée par un Xhaka qui a eu la bonne idée d’amener avec lui le costume qu’il arbore en club, la Suisse a désormais décidé d’être dans la maîtrise. Elle désire gérer les matchs comme elle l’entend, plutôt que de les subir. Comme c’était encore le cas il y a deux ans au Brésil. Et même durant la campagne de qualification. Le gain en maturité tactique et technique est abyssal.

Par contre, et le match d’hier l’a bien mis en exergue, subsiste encore une réelle difficulté à faire la différence dans les trente derniers mètres. Shaqiri ne se retrouve plus. Plus il avance dans sa carrière, plus on repense aux propos de Guardiola qui voyait en lui avec un déficit d’intelligence de jeu. Pep se trompe vraiment rarement. Quant à Mehmedi et Dzemaili, leur impressionnant travail défensif cache leur incapacité à faire les bons choix dans le camp adverse. Sauf que la forêt va gentiment mais sûrement devenir trop dense pour que l’arbuste l’occulte.

Dans le même ton, on évoquerait bien le problème des attaquants. Quand ce n’est pas Seferovic qui gâche son bon travail dans le jeu en rivalisant avec le Cristiano Ronaldo de ce début d’Euro, il y a Embolo qui se fait manger tout cru par un Koscielny qui force à peine. Symbole de ce manque de tranchant offensif, des latéraux qui ne brillent pas. Les individualités qu’on attendait ne se mettent même pas au diapason du collectif. Et, pour marquer des buts, c’est un véritable problème.

Le dépassement de fonction

Dire que la Suisse n’a pas complètement réussi son début d’Euro pourrait facilement s’assimiler à de l’aveuglement. Certes, tout n’est pas parfait. Mais elle est en progrès constant, et c’est là le plus important. Quitte à se faire sortir en huitièmes, elle aura en tout cas bâti une base énorme. Une base dans le jeu. Car désormais la Nati sait défendre AVEC le ballon. A savoir calmer le jeu, ralentir le rythme, échapper au pressing adverse. Là où la panique la prenait beaucoup trop vite par le passé.

Elle doit ces progrès notamment à Xhaka, mais aussi à Fabian Schär en défense. Agés de vingt-quatre ans, ces deux-là incarnent la relance suisse pour les années à venir. Ils ont gagné en confiance, confirmé leur réel potentiel et progressé en régularité. Et Petkovic n’y est pas pour rien, même s’il aura mis du temps.

Quelle que soit l’issue du tournoi pour la Nati, elle aura de quoi continuer à avancer. Et ne pas recommencer un nouveau chantier. Une chance inestimable pour arriver vers une équipe de Suisse à la mesure de ses talents. Et, enfin, nous faire sursauter.

Valentin Schnorhk

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