Pendant un mois, Valentin vous fera vivre l’Euro 2016 au rythme des débats qui l’animeront. Avec un même schéma pour vous permettre un décryptage clair des nombreuses discussions autour du monde du football : une présentation des faits en question, le débat qu’ils impliquent et une prise de position personnelle, mais réfléchie. Aujourd’hui, second épisode. L’occasion de revenir sur l’entrée en lice de la Suisse face à l’Albanie hier.

Ouf, c’est passé. On l’avait suffisamment redouté pour ne pas faire preuve d’un relâchement faussement coupable. Craint au point d’avoir imaginé les pires scénarios possible, cet Albanie-Suisse est finalement derrière nous. Non sans inquiétudes, mais également avec des pistes de réflexion qu’on aurait tort de négliger. Quitte à paraître pour des positivistes invétérés.

Les faits

C’était une rencontre particulière, cet Albanie-Suisse. Un contexte inédit, tendu. Les frères Xhaka, les Suisses aux origines albanaises, les Albanais formés en Suisse. Jamais auparavant on avait autant insisté sur le côté émotionnel d’un match de l’équipe de Suisse. Au point d’avoir vu en ses joueurs des cœurs fragiles, capables de se faire marcher dessus par des adversaires mus par l’odeur du sang. La caricature était telle qu’on avait presque cru à une déconvenue d’entrée pour la Nati. Tellement cru que n’importe qui était prêt à signer pour une victoire aussi moche soit-elle.

Cette victoire misérable, la Suisse l’a obtenue. 1-0, un but après cinq minutes de Fabian Schär sur corner, l’Albanie à dix contre onze pendant une heure et des frayeurs jusqu’à l’ultime seconde. Le gardien Yann Sommer s’en sort comme le héros, qu’il a été. Sauf que ce n’est jamais bon signe lorsque c’est ton portier qui est le meilleur. Preuve que tout n’a pas marché comme l’équipe le voulait. Mais elle a gagné, et c’est là l’essentiel.

La question: Tout est-il à jeter dans le match de l’équipe de Suisse face à l’Albanie?

Le sentiment général à la fin du match hier laissait traduire une piètre prestation de la Nati. Elle l’a été. La Suisse s’est fait peur. Beaucoup trop. La faute notamment à une défense dont la coordination tactique effraierait les théoriciens de ce sport. L’attaquant albanais Armando Sadiku, bien modeste pointe de Vaduz, s’est joué de manière fascinante de l’arrière-garde helvétique. Déroutant tant cela paraissait simple. Car il n’a jamais rien réalisé de génial, si ce n’est courir au bon moment, au bon endroit. Suffisant pour mettre en difficulté deux mecs qui évoluent tous les week-ends en Bundesliga. La propension qu’a le football à se moquer de nous et des statuts assignés surprendra toujours.

La faute aussi à des attaquants incapables de marquer. C’était le tour de Haris Seferovic hier. Jamais il n’avait eu autant d’opportunités en un match sous le maillot suisse. En revanche, c’est loin d’être la première fois qu’il fait preuve de cet insupportable déficit de réussite. Tout sauf en confiance avant de venir à l’Euro, le moral du garçon n’est pas près de remonter. En même temps, quand on ne marque pas pour un préposé buteur, c’est un problème. A la fois pour lui, et pour l’équipe, qui s’est défaussée au fur et à mesure que Seferovic faisait briller le gardien adverse.

Car, il faudra le dire, l’attitude de l’équipe de Suisse, à partir de l’heure de jeu, aura été misérable hier. Une chute de tension aussi bien incompréhensible qu’inexcusable. Retard dans les duels, pressing complètement désorganisé, passes en perte de destinataires. Rien n’est à sauver dans cette dernière demi-heure.

En revanche, il serait injuste de ne pas ressortir des enseignements probants sur la première partie du match. Car, et c’est une nouveauté, la Suisse a un plan de jeu! Si, si, promis. Petkovic s’est-il réveillé hier matin avec une illumination? Ou l’homme est-il un calculateur hors pair qui avait fait le pari de faire avancer son équipe masquée depuis 2 ans jusqu’au jour J? Le constat est au moins aussi inexplicable que saisissant. Ainsi, la Suisse est une équipe qui cherche à faire preuve de patience, pour ressortir depuis derrière, en passant par Xhaka, pour ensuite trouver les latéraux sur les côtés ou un enchaînement rapide dans l’axe. Quelle émotion de le découvrir aussi tard. D’autant plus que le milieu Behrami-Xhaka a fonctionné, aussi bien dans la relance que dans le filtrage. Et ça, c’est la conclusion la plus importante de la rencontre.

Le dépassement de fonction

Que Djourou soit un médiocre joueur de football, tout juste bon à s’imposer dans les duels, soit, ce n’est pas nouveau. Que Schär soit ce genre de défenseur à tout moment sujet à une rupture de vaisseau, mais avec des qualités de passes et de présence dans le jeu aérien inestimables, ce n’est pas une surprise non plus. Qu’on démontre une peine maximale à marquer des buts, c’est également une habitude. Et on s’en contentera, on fera avec tant bien que mal, en se laissant surprendre lorsque ces routines seront ponctuellement rompues.

Par contre, la Suisse a hier démontré qu’elle était capable de prendre le jeu à son compte. Que, même sous le maillot national, Granit Xhaka est un grand joueur. Pourtant, avec trois gars sur lui en permanence pendant 45 minutes, les Albanais ne lui ont pas rendu la tâche facile. Pas un problème pour prendre le milieu sous son aile et faire jouer la Nati. Un inespéré progrès.

Valentin Schnorhk

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