Pour cette dernière soirée de l’édition 2016 du festival Morges-sous-Rire, le théâtre de Beausobre accueillait l’Inglorious Comedy Club. Un plateau créé par Vérino qui réunissait hier soir Artus, Thomas VDB, Bérengère Krief, Matthieu Madénian, Oldelaf et Alain Berthier. Retour sur une soirée pleine de diversité.

Vérino

Rencontré 18 minutes avant son entrée sur scène, Vérino nous a livré un entretien durant lequel il a beaucoup insisté sur un mot: la sincérité. Une sincérité qui se retrouve dès les premières secondes de son entrée sur scène. Sourire pétillant et insensée décontraction, Vérino possède une aura rassurante qui nous fait entrer immédiatement dans son univers, les yeux fermés. Un mélange d’anecdotes personnelles (« On ne s’est jamais engueulé avec ma femme et voilà pourquoi: la plupart du temps on est d’accord, et le reste du temps elle a raison »), d’interactions avec le public (en lançant par exemple une vanne sur le confort des bancs en bois de la scène du Chapiteau) et de mimiques en tout genre. Car celui qui est passé par le Cours Florent pourrait s’exprimer uniquement par sa gestuelle et ses expressions. Preuve en est avec ce sketch surréaliste lors duquel il réussira à faire rire aux éclats toute la salle pendant 3 minutes en répétant uniquement le mot « baguette ». « Pour moi, tout doit être imprévu, même ce qui a été écrit », nous disait-il avant d’aller enfiler son costume de maitre de cérémonie à quelques minutes du début du spectacle. Des paroles aux actes, sa prestation éblouissante ne nous permettra pas, finalement, d’identifier ce qui était prévu de ce qui ne l’était pas.

Vérino

Artus

C’est le premier invité à se lancer dans le bain. Une entrée sur « Tu veux mon zizi » de Franky Vincent et la couleur est annoncée. On reconnaît son impertinence dès les premières vannes: « ouais je sais je suis gros. Être gros, c’est quand on voit pas sa bite. Et être très gros, c’est ne pas voir celle qui la suce ». Et pourtant, aussi difficile que ce soit à avaler, la phrase glisse comme de rien. Son humour est noir, pourtant il est léger. Tout est dans l’attitude, et dans le rythme: un débit très rapide qui maintient une tension constante dont le rire en est la soupape. L’autodérision dont Artus sait abuser et la malice de son personnage nous disent qu’avec lui « on peut rire de tout ».

Artus

Thomas VDB

La force tranquille de la soirée. Après le passage d’Arthus, on entre dans un registre plus théâtral où les mouvements prennent une autre dimension. La gestuelle a ici une intensité voulue, une danse maitrisée. C’est moins instinctif, plus travaillé, mais terriblement efficace. Il ironise sur son physique, point de départ d’une histoire abracadabrante qui implique des douaniers, un voyage à Amsterdam et une boulette de shit dans la poche gauche de son pantalon. Thomas VDB est un maçon de l’humour, qui va déposer une brique après l’autre et bâtir un ensemble cohérent et où chaque partie sera là pour une raison bien précise. Sa performance est une parenthèse profonde où le rythme lisse nous mène d’un point A à un point B, sans turbulences.

Thomas VDB
© Fabrice Demessence

Bérengère Krief

Ce n’est pas avec ce type d’humoriste que le théâtre de Beausobre aura besoin de changer toute sa scène pour cause d’usure, tant le périmètre utilisé par Bérengère Krief est restreint. Et pourtant, elle donne l’impression d’occuper chaque centimètre carré de l’estrade. Elle a ce truc qui ne s’explique pas. Ce charme discret qui occupe un espace démesuré. Elle mime, elle imite, elle incarne… Les personnages se suivent sans se ressembler, et pourtant on pourrait tous les regrouper dans la même famille. Elle a raconté sa journée inversée et s’est moquée des techniques de drague des hommes. Et elle a mis tout le monde d’accord.

Bérengère Krief

Matthieu Madénian

Il commence par une vanne sur le groupe de musique, qui lui donne l’impression d’être « dans un ascenseur gay ». Il enchaine par une vanne sur le match France – Suisse qui aura lieu ce soir et lors duquel il voit son pays exploser les Helvètes. Il continue par une vanne sur le lieu du festival: « Morges, c’est où? » Madénian, c’est une mitraillette. Un débit de paroles qui rendrait vers de jalousie tout combattant de Daesh. On regrette toutefois une articulation parfois approximative qui ne nous permet pas de comprendre la phrase prononcée. Mais là où il sort complètement du lot, c’est lorsqu’il s’agit de toucher tous les publics. Sa manière de s’emparer de chaque situation du quotidien et de mettre en exergue sa dimension comique est tout simplement exceptionnelle.

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Oldelaf et Alain Berthier

Rire et chansons. Le duo a ponctué la soirée d’une note musicale très joyeuse malgré une mélodie accompagnant un texte sur la peine de mort, qu’ils verraient bien appliquée aux personnes portant des chaussettes et des sandales (entre autres). Oldelaf et Alain Berthier ont ainsi proposé une fin drôle et légère, où l’on passe d’un rire cynique à un autre, plein de tendresse. Leur prestation aurait mérité d’être plus longue tant l’entrée dans une telle forme de représentation peut nécessiter un peu de temps.

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Comme tous les mardis soirs au théâtre Apollo de Paris, Vérino aura reçu ses potes dans son univers, l’Inglorious Comedy Club. Un univers dans lequel il aura entrainé avec lui une salle entière, pliée de rire. Vérinoblement.

Guillaume Gétaz

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