Ils sont jeunes, beaux, ils rêvent d’une carrière passionnante: aujourd’hui, les expatriés sont de plus en plus nombreux. Bien décidés à s’épanouir professionnellement, ils franchissent les frontières pour enrichir leur CV et leurs expériences personnelles.

« J’aimerais travailler à l’étranger pendant quelque temps, peut-être quelques années, pour être totalement immergée dans une autre culture. On est en constante découverte, on apprend à vivre et à travailler autrement. » À la veille de son départ en Chine pour finaliser son Master of Entrepreneurship & Innovation, et éventuellement trouver un premier emploi, Laetitia est optimiste. Cette franco-suisse de 23 ans pense qu’il faut profiter des opportunités professionnelles, même lorsqu’elles sont à des milliers de kilomètres de chez soi.

Les jeunes européens sont des milliers à faire le choix de partir travailler à l’étranger. Leur point commun? L’ambition, très certainement: ils sont prêts à franchir les frontières si l’offre d’emploi leur correspond. Mais ces jeunes sont aussi décidés à répondre à des critères, qu’on leur vend comme idéals. En effet, de plus en plus de formations universitaires se veulent internationales, et sous-entendent qu’il faut partir pour améliorer son curriculum vitae et pour multiplier les chances d’embauche par la suite. « Aujourd’hui, il faut montrer qu’on est flexibles, débrouillards et qu’on est capable de bouger. Je ne sais pas si un profil international est indispensable, mais ça aide beaucoup, notamment dans le domaine du commerce« , admet Laetitia.

Laetitia a déjà vécu quelques mois en Chine. C'est parce que l'expérience lui a beaucoup plue qu'elle décide d'y retourner.
Laetitia a déjà vécu quelques mois en Chine. C’est parce que l’expérience lui a beaucoup plu qu’elle décide d’y retourner.

En 2013, on estimait à près de 550 000 le nombre de Suisses travaillant à l’étranger. Parmi eux,  des milliers de jeunes ont quitté leur pays pour débuter une nouvelle vie et une nouvelle carrière. Selon Alain Salamin, professeur à la HEC de Lausanne, un stage ou un travail à l’étranger est devenu une expérience essentielle pour espérer faire carrière.

Un projet qui peut coûter beaucoup d’argent au départ. Or, par la suite, le salaire peut devenir plus avantageux à l’étranger. Laetitia explique qu’en Chine, les locaux attendent beaucoup des expatriés: « La possibilité de gravir les échelons de la hiérarchie en entreprise semble plus rapide. Les Chinois laissent énormément de liberté et de self management aux expat’, et c’est un peu la « débrouille ». En échange, ils attendent de vrais résultats et ça peut être très déstabilisant au début. Mais cela nous permet d’acquérir bien plus de compétences que ce qu’on pourrait croire, et de toucher des avantages comme le loyer payé ou le taxi privé. Quand ça arrive, c’est quand même un certain confort de vie. »

Un confort de vie, un salaire conséquent, qui peuvent expliquer pourquoi tant de jeunes s’essaient à l’étranger. Mais pour certains, les zéros en plus sur le compte en banque ne sont qu’un bonus: si Vincent, 25 ans, a décidé de quitter la France pour étudier à Vatel en Suisse, c’est parce que les écoles hôtelières y sont plus réputées. « J’étudiais la biologie dans une université française, mais ça ne me plaisait pas vraiment. L’été, je travaillais dans la restauration, je m’en sortais bien. Je me suis dit que j’allais faire mes études dans cette branche, et en Suisse, parce que c’était valorisant sur mon CV« . Aujourd’hui assistant Maître d’Hôtel, Vincent poursuit sa carrière dans un grand hôtel helvète et espère évoluer en Suisse.  Il n’exclut pas de partir plus loin un jour. Il pense notamment à l’Asie.

Vincent pose au bord du lac de Neuchâtel.
Depuis son lieu de travail, Vincent a la vue sur le lac, un paysage qu’il apprécie beaucoup.

Vincent avoue cependant qu’être expatrié n’est pas toujours un avantage: il fait souvent face à des railleries sur sa nationalité, et il se démène avec les paperasses et l’administration suisse. « Mais le plus dur, c’est quand même d’être loin de ma famille. » Même si Vincent partage aujourd’hui sa vie avec une Suissesse, il se sent encore un peu isolé par moment: « Chez toi, tu reconnais les gens dans la rue, tu les salues. Quand tu es expatrié, ça prend du temps de te refaire un réseau d’amis et c’est plus compliqué pour avoir des activités à côté« .

Intégration et adaptation

L’intégration au travail joue alors un grand rôle lorsque l’on arrive dans une nouvelle entreprise. Qui plus est lorsqu’on est étranger, et qu’on ne connaît pas grand-chose du pays: si les collègues ne coopèrent pas ou s’ils sont très différents, les expatriés peuvent vite se sentir perdus. Sarah, une Anglaise qui travaille depuis un an aux Pays-Bas, admet avoir eu du mal à s’intégrer les premiers mois:  « Les Néerlandais sont des gens directs et honnêtes, mais cela crée une ambiance de travail très dure, qui peut perturber les nouvelles recrues. Il faut alors avoir beaucoup de confiance en soi et dire ouvertement ce que l’on pense des idées des autres. En Anglais, on dirait: « You need to develop a thick skin. »

Au début, Sarah a quelques fois pensé à revenir en Suisse, le pays dans lequel vivent ses parents. Même si les valeurs aux Pays-Bas sont assez similaires aux siennes, il lui a fallu un temps d’adaptation. Pour se forcer à s’intégrer, elle a alors rejoint des groupes d’expatriés sur les réseaux sociaux et s’est inscrite à un cours de Néerlandais afin de rencontrer d’autres étrangers, comme elle. « On apprend la langue, et on parle de ce qui nous parait bizarre ou de ce qu’on aime aux Pays-Bas. On parle surtout de ce qui nous manque.« 

Comme la plupart des Néerlandais, Sarah va désormais au travail à vélo.
Comme la plupart des Néerlandais, Sarah va désormais au travail à vélo.

Au fil du temps, Sarah a réussi à se créer un réseau d’amis et elle a également choisi de faire une colocation, pour éviter la solitude. Selon elle, peu importe où l’on se trouve: ce qui fait vraiment la différence, ce sont les personnes que l’on a près de soi. « Et si les proches sont loin, il faut faire des efforts pour maintenir de vraies relations. » Sarah rentre régulièrement voir ses parents en Suisse, et ses amis, ailleurs en Europe. Pour elle, c’est une chance: grâce aux relations qu’elle a liées un peu partout, elle découvre sans cesse de nouveaux pays et pourquoi pas, de nouvelles opportunités de carrière. Aujourd’hui, Sarah n’a plus peur d’aller travailler à l’étranger: « Plus tard, je pourrais travailler en Angleterre, en France, en Suisse, en Espagne ou ailleurs !« 

Être expatrié, c’est saisir des opportunités

Mais c’est aussi les provoquer. Michaël, un Français de 25 ans, rêvait depuis toujours de devenir designer automobile. Pour valider son Master, il y a deux ans, il a du effectuer un stage en entreprise. Il savait qu’il devait se préparer à quitter la France, puisque les grands studios de constructeurs automobiles sont rares dans le monde. « J’ai bien réfléchi, et je me suis dit que je ne devais pas avoir peur d’aller loin autour du globe. Quand j’ai démarché des constructeurs pour mon stage, j’ai volontairement évité les entreprises implantées en France. » Michael a alors postulé chez Kia, en Allemagne, « puisque la tendance en design automobile est allemande. Ils m’ont dit oui du tac au tac. Le hasard, c’est qu’ils sont assez proches de la frontière française, je ne suis donc pas très loin de chez moi.« 

Michaël se voit bien gravir les échelons chez Kia.
Michaël se voit bien gravir les échelons chez Kia.

La place de stage est transformée en premier emploi, et Michaël souhaite travailler quelques années dans cette entreprise, pour se faire la main. « Je voudrais signer une voiture de production et/ou un concept car. Après, je pourrai penser à la suite. Mon fil rouge, c’est ma passion pour mon métier.« 

Pour Manuelle Malot, directrice « carrière et prospective » de l’EDHEC, la recherche du premier emploi s’effectuerait plus en fonction d’un projet que par rapport à une zone géographique. Ainsi, les jeunes expatriés sont souvent sûrs de leurs ambitions et se laissent la liberté de les réaliser. Prêts à faire des sacrifices personnels, les jeunes choisissent des « métiers-passions » et tentent d’embrasser leur carrière, coûte que coûte. Pour Laetitia, Vincent, Sarah, Michaël, et d’autres jeunes expatriés, rien n’est plus clair: ils verront bien, où la vie va les mener.

Caroline Toussaint

Image de couverture par Thomas Brault pour unsplash.com

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