En cette fin d’année, un athlète prend sa retraite. Médaillé d’or aux JO de Londres, il s’agit d’un cheval: Nino des Buissonnets. Passion et émotions étaient au rendez-vous, ce dimanche 11 décembre.

A 15 ans et après une carrière débutée en 2010 à haut niveau, le hongre français tire sa révérence. Son cavalier, le Jurassien Steve Guerdat, a décidé de le mettre au repos. Son au revoir au public s’est fait le dernier jour du CHI de Genève et j’y suis allée.

Ce n’est pas mon premier adieu d’un cheval à son public. En 2004 déjà (à l’époque, je travaillais en tant que bénévole), j’étais dans les gradins de Palexpo pour voir une dernière fois Tinka’s Boy, la monture du Saint-gallois Markus Fuchs. En 2013, on a aussi pleuré pour le départ de Jalisca Solier, la « jument de cœur » d’un Steve Guerdat, les larmes aux yeux, qui ne s’est jamais vraiment remis de sa disparition (en janvier 2014, elle devait être euthanasiée après une fracture au pré).

« Je ne suis pas un fan d’hippisme, explique Sébastien. Mais je suis venu en tant que fan de sport. La retraite de Nino est un événement dans le monde sportif, je trouve. Je voulais y être ». Il n’est pas seul. Dans les gradins non numérotés, des jeunes filles brandissent des banderoles (à Genève, Steve Guerdat en a toujours. C’est le chouchou). On peut y lire:

  • Hop Suisse
  • Go #FlyingNino (oui, ce cheval a un hashtag pour lui)
  • Allez Steve
  • On t’aime Nino!
Dernier tour de piste pour Nino. Son cavalier voulait que cela ait lieu à Genève.
Dernier tour de piste pour Nino. Son cavalier voulait que cela ait lieu à Genève. © Lauren Hostettler

Mais surtout, ce sont des pancartes qui disent « MERCI » et « NINO », distribuées dans toutes les tribunes, qui célèbrent le cheval pour de son dernier tour de piste. Et qui émeuvent son cavalier aux larmes lorsqu’il entre sur le paddock. « Ce cheval-là fait de moi l’homme le plus heureux du monde », dira-t-il devant son public, la voix cassée. Avant de s’adresser directement à sa monture: « Nino, tu seras toujours dans mon cœur ».

Alban Poudret, directeur sportif du concours et journaliste, annonce la couleur en le qualifiant de « phénoménal Nino des Buissonnets » avant le début de la compétition. Classé 12ème à l’issue de la dernière manche du Rolex Grand Slam du dimanche, il reste, malgré cela, une monture d’exception, entre fougue et finesse. « Une légende », entend-on.

Le couple s'est qualifié pour le barrage, mais n'a pas pu s'imposer.
Le couple s’est qualifié pour le barrage, mais n’a pas pu s’imposer. © Lauren Hostettler

Le speaker demande « de ne pas faire trembler Palexpo, mais de faire s’écrouler Palexpo ». Tonnerre d’applaudissements. Le tour d’honneur se termine. Il faut sécher ses larmes. « C’est triste de voir partir à la retraite un cheval si magique» annonce une jeune femme, émue, à sa mère. Voilà un pur moment d’émotions comme le sport peut en faire vivre, bien loin des flûtes de champagne, des midinettes dont les bottes n’ont jamais touché de crottin et des selles Hermès.

 

 

 

Lauren Hostettler

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