«À l’Électron, ira-t-on?» Une semaine plus tôt, aux abords de l’Université de Genève, entre deux rayons de soleil et deux écrasements de mégots, certains se questionnaient sur le programme du week-end pascal. Devant la possible gueule de bois à assumer le temps d’une chasse aux œufs familiale, deux soldats sans courage aucun se défilèrent rapidement. Les acharnés de la grande messe électronique, qui fait vibrer les Genevois depuis 13 éditions, débutèrent alors leur argumentaire avec une excitation sans limite. Le jargon appliqué des motivés de la bande ne réussit pas à contrer la nonchalance persistante des non-initiés. Le Palladium, le Zoo, le Rez, la Fonderie Kugler… et beaucoup d’électro… le projet laisse perplexe. Tout bon Genevois aimant la nuit a déjà arpenté ces dancefloors maintes fois depuis sa plus tendre jeunesse. Alors, pourquoi ne pas rater l’Électron? 8mag tente la démonstration.

1 heure du matin, le chemin n’est pas compliqué pour les habitués, les quatre lieux de rendez-vous traditionnels du festival sont reconnaissables malgré leurs nouvelles appellations mystiques: «Sanctum Palladium», «le Rez de l’Enfer», «le Zoo d’Eden», «la Fonderie des Miracles», et sous les ornements colorés et graphiques projetés sur les hauts murs des bâtisses, qui offrent une image psychédélique aux nombreux festivaliers présents en masse dès le premier jour de l’événement. Un va-et-vient incessant a déjà démarré entre les quatre lieux saints de ce pèlerinage, qui durera quatre nuits. L’ouie fine, les organes encore intacts, l’esprit clair, les premiers pas dans l’enceinte de la cathédrale de l’électro paraissent anodins.

2 heures du matin, pour répondre à une demande insistante de ses plus jeunes festivaliers, Électron propose, en plus du pass festival, des entrées séparées à prix clément. Chaque lieu saint possède donc ses propres dogmes, sa propre ambiance. De la plus intimiste, la Fonderie, en passant par la plus spécialisée, au Rez de l’Enfer, orienté drum’n’bass, au plus clubbing, dans les antres du Zoo d’Eden. La vitalité artistique d’Électron est restée intacte. On passe difficilement de lieu en lieu. Une fois happé par une atmosphère, le détachement devient anxiogène, il est alors quasi-impossible d’aller goûter à une autre saveur. De salle en salle, un fil rouge persiste tout de même. Les mouvements des danseurs. Saccadés, comme orchestrés par un rythme inaudible. Des mains par milliers s’élèvent encore comme pour toucher une autre dimension.

4 heures du matin, au bar des artistes, AraabMUZIK manque à l’appel. Entre deux sets, on chuchote que Canblaster du Club Cheval consolera le public. De la terrasse des privilégiés, les basses n’en sont pas moins véhémentes. Les verres d’alcool fort ne finissent pas de se remplir, tandis qu’un étage plus bas, une centaine de bières se sont déjà renversées au rythme des passions qui se déchaînent. Quelques pastilles sortent subtilement des sacs à dos pour tenir la cadence.

5 heures du matin, ils sont encore nombreux à ne pas vouloir quitter leur bulle électro. Le DJ du moment, l’un des élus que la foule a adorés durant quatre jours, annonce sa dernière prestation, sur un ton qui laisse planer le doute dans la salle. Contrairement aux premiers pas facilement entrepris dans l’enceinte il y a plus de cinq heures, difficile de repasser la porte de la cathédrale de l’Électron. Les basses ont remplacé les battements de cœur, les flashs de lumière ont enjolivé la vision. La réalité est de l’autre côté, comme le rappellent les estomacs qui crient famine. L’after s’organise en compagnie du jour qui se lève. Flashback: il y a les adeptes de l’Électron qui argumentent avec excitation sur leur programme matinal. Et les non-initiés qui ne savent plus vraiment quoi penser.

Indélébile. Face à un financement compliqué, cette 14e édition était celle de la dernière chance. Quelques jours plus tard, le bilan tombe. Les divines vibes, sets diaboliques et les nombreux fidèles au rendez-vous n’auront pas réussi à contrer les sinistres chiffres. Sur les 16’000 festivaliers attendus, seuls 15’000 ont franchi les portes de la grande messe électronique. Pas assez pour faire perdurer l’Électron. Les indécis du début savourent la chance d’avoir pu goûter, rien qu’une fois, à une atmosphère si particulière, voire indélébile, créée dans des lieux qu’ils connaissent comme leur poche. L’Électron pourrait renaître de ses cendres sous une autre forme; les organisateurs croient encore au miracle.

Marine Humbert

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